Thessalonique 6ème jour – Vergina

Merci à IG pour son cours sur les tombes macédoniennes

Et merci à l’association Arista pour ses deux photos du site de Vergina, aujourd’hui inaccessible

 

Pour reposer les mollets qui fatiguent un peu d’arpenter les longues avenues de Thessalonique, nous avons consacré une grosse demi-journée à la visite du musée de Vergina (imposant tumulus abritant plusieurs tombes macédoniennes), puisque le site archéologique dans son ensemble est toujours fermé pour travaux. Il faut compter une bonne heure de route, au travers d’une plaine agricole un peu ennuyeuse, chargée d’arbres fruitiers et de vignes. J’ignore si, en saison, Thessalonique propose des navettes, mais, en octobre, nous avons dû passer par notre hôtel pour organiser le transfert aller et retour.

Vergina est un petit village bien calme, issu de la fusion en 1922 de deux hameaux dont on partagea les terres pour accueillir des réfugiés d’Asie Mineure. On lui donna le patronyme de la dernière reine grecque de la région, célèbre pour avoir préféré la noyade, plutôt que de finir entre les mains des Ottomans. En 1855, l’archéologue français Léon Heuzey (1831-1922), pensant trouver là des sites de batailles romaines, tomba sur les vestiges d’un palais et d’une tombe, sans imaginer un seul instant qu’il venait de découvrir l’antique Aigai (Αιγαί), première capitale des Macédoniens. Il y revint en 1861, sous l’ordre de Napoléon III, qui ne s’intéressait lui aussi qu’à l’époque romaine. La mission sera écourtée, quelques objets finiront au Louvre, et le site se rendort avec ses secrets. Il fallut attendre 1968 et la venue du chercheur anglais Nicholas Hammond (1907-2001), spécialiste de l’ancienne Macédoine et professeur de Grec à l’Université de Bristol, pour que les recherches reprennent, et qu’Aigai soit enfin identifiée, plus d’un siècle, donc, après le premier coup de pioche. Il met au jour les restes d’une ville ceinturée de fortifications, dominée par une acropole (dernier refuge des habitants en cas de danger) et dotée d’un théâtre, d’un palais monumental daté du ive av. J.-C., d’un sanctuaire et d’une vaste nécropole qui renferme plus de trois cents tumulus, certains remontant au xie av. J.-C.

Théâtre de Vergina
Palais de Vergina

 

Le Grec Manolis Andronikos fouillera en 1976 la grande toumba, tumulus renfermant à lui seul plusieurs sépultures, dont le tombeau de Philippe II de Macédoine, objet donc de notre visite. Ce grand tumulus est d’abord étonnant par ses dimensions, plus haut que les autres (12 m. contre 1,5 m. en moyenne) et plus vaste (100 m. de diamètre), parce qu’il abrite non pas une tombe (habituellement, un tumulus = une tombe), mais trois, et un hérôon, édifice dédié au culte d’un héros, – ici certainement Philippe II.

Les tombes du tumulus sont de deux sortes : la première (Tombe I), est dite « à ciste », de forme parallélépipédique, aux parois plaquées de dalles, sans porte (la dépouille était ensevelie et on refermait la tombe par le haut). Les deux autres (Tombes II et III), se composent d’une chambre funéraire précédée d’une antichambre dotée d’une porte imposante, le tout recouvert d’une voûte en berceau. La voûte est indispensable dès lors que la tombe atteint une certaine largeur, lorsque des poutres horizontales ne peuvent plus supporter le poids de la terre du tumulus. Chaque tombe abrite les restes de plusieurs défunts, dépouilles entières ou ossements résultant d’une crémation préalable.

Ainsi la Tombe I (dite de Perséphone), plus ancienne que les deux autres, et hélas partiellement pillée, abrite les restes d’un homme, d’une femme et d’un très jeune enfant. Elle est souvent désignée par le sujet d’une des fresques qui couvrent trois murs intérieurs sur quatre (le quatrième étant occupé par des “étagères” destinées à recevoir des offrandes) : l’enlèvement de Perséphone par Hadès, Hermès courant devant le quadrige de celui-ci.

La Tombe II (dite de Philippe), possède une façade dorique avec un fronton peint représentant une scène de chasse au lion et au sanglier, qui rappelle la chasse au lion de Némée et au sanglier d’Érymanthe effectuées par Héraclès, dont la dynastie macédonienne prétendait descendre. La chambre funéraire n’est pas décorée, mais simplement crépie, comme si on avait dû l’achever à la hâte (Philippe II est mort assassiné en 336). Le contenu de cette tombe était particulièrement riche et luxueux : on y a retrouvé des ustensiles en bronze et en fer, des armes, des vases d’argent, des bijoux, ainsi que de petites figurines en ivoire et surtout, un sarcophage de marbre contenant un coffret en or massif de 11 kg (un larnax) où étaient déposés, dans un tissu de pourpre, les restes d’une crémation. L’antichambre de la tombe contenait elle aussi un sarcophage et un larnax en or, de dimensions plus modestes, recouvert d’une étoile à douze branches et renfermant un diadème de femme : il pourrait s’agir de celui de Cléopâtre, la dernière épouse de Philippe, ou… d’une autre de ses épouses.

Enfin, la tombe III (dite du Prince), située à proximité de la tombe de Philippe II, est construite sur le même plan. Là aussi, des restes d’objets en bois et de bijoux en argent et en ivoire, qui montrent la richesse de l’occupant des lieux. La tombe, postérieure à celle de Philippe II, pourrait être celle d’Alexandre IV, fils d’Alexandre le Grand.

L’entrée dans le tumulus se fait par un long couloir, qui nous conduit, dans la pénombre, d’abord devant des stèles funéraires – nous comprenons alors que nous nous glissons dans le royaume des morts et des ombres (la scénographie du musée au cœur du tumulus est évidemment très étudiée… et les appareils photo interdits). Deux escaliers permettent de descendre jusqu’aux portes des Tombes II et III, bien sûr fermées, mais devant lesquelles il est impossible de ne pas ressentir un petit frisson. Dans des vitrines, on découvre ensuite les objets, les bijoux, les armes, la vaisselle d’argent, trouvés dans les chambres funéraires. Les couronnes, à la fois légères mais très travaillées, et les larnax en or brillent de mille feux. Celui sensé contenir les restes de Philippe, gravé, ornementé, porte un décor raffiné de palmettes et de rosaces en pâte de verre ; sur le couvercle est reproduite l’étoile à seize branches, le « soleil de Vergina », emblème de la dynastie macédonienne selon Manolis Andronikos (d’autres chercheurs n’y voient qu’un soleil ou une étoile, symboles très utilisés dans toute la Grèce sur les monnaies et les boucliers).

La légende du trésor royal des tombes de Macédoine n’est en rien usurpée et mérite vraiment le déplacement. Les pièces de harnachement qui ont été retrouvées sembleraient montrer que des chevaux furent sacrifiés lors des funérailles de Philippe II, comme pour les funérailles de Patrocle, et comme chez Homère, les os ont été enveloppés de pourpre : la société macédonienne imitait manifestement les coutumes funéraires homériques. Cela signifie-t-il qu’il y avait aussi une héroïsation du défunt ? La présence d’un hérôon à proximité de la tombe de Philippe peut le laisser penser.

Enfin, pas de site archéologique majeur sans controverse… Pour Manolis Andronikos de nouveau, nul doute que les restes trouvés dans la Tombe II sont bien ceux de Philippe et de sa dernière épouse. Cependant, rien n’est jamais venu formellement confirmer cette opinion, issue d’un faisceau d’indices, et non de preuves scientifiques irréfutables. Des chercheurs, des anthropologues doutent de cette identification et interprètent les ossements et la mise en scène funéraire du tumulus d’une toute autre façon : le Roi de Macédoine reposerait en fait dans le Tombe I (la Tombe II serait alors celle de Philippe III Arrhidée, fils de Philippe II et demi-frère d’Alexandre). Diantre ! Voilà de quoi se quereller par presse interposée, à coup d’expertises et de contre-expertises. Je me suis beaucoup amusée à lire les arguments des uns et des autres, chimériques querelles de spécialistes dont personne de toutes façons ne peut vérifier le bien-fondé des arguments. Car franchement, que Philippe de Macédoine repose dans la Tombe I ou II, qu’est-ce que cela change vraiment ? Le larnax en or de la Tombe II reste magnifique, qu’il contienne les os du père ou ceux du fils… Tout le monde s’accorde au moins sur le fait que Philippe II est bien dans ce tumulus, et c’est l’essentiel !

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