Skyros – Dernières images

La route entre l’aéroport et Chora passe par un drôle d’endroit, une sorte de village fantôme dont il ne reste que des vestiges, des murs irréguliers, des toitures effondrées, isolé dans la campagne sous l’ombre d’une petite chapelle blanche. Comme nous ne devons pas être les seuls à nous poser des questions à ce sujet, nous avons interrogé les locaux : Katounes, nom de ce qui n’est plus aujourd’hui qu’un champ de ruines, était autrefois le lieu de stockage des produits agricoles du Nord de Skyros. La grimpette vers Chora étant trop pénible, on transportait au fur et à mesure des besoins les denrées nécessaires. Le lieu a été pillé par des pirates, n’a jamais été reconstruit ni réutilisé. Les décombres disparaissent peu à peu, ensevelies sous une nature qui a repris ses droits.

Par un après-midi crachotant, nous avons délaissé la route qui longe la mer pour nous perdre dans les petits chemins intérieurs à l’Ouest de Chora. En levant la tête, nous avons aperçu un dôme blanc qui devait surement indiquer une petite chapelle perdue au milieu des champs. Il s’agit en fait des restes d’un minuscule monastère, Agios Dimitrios, bâti au début du xviie sur les ruines d’un ancien temple. Si la chapelle intérieure est restée porte close, on peut pousser d’abord celle du mur d’enceinte : à l’intérieur demeurent des volées d’escaliers, des voûtes, les vestiges d’une poignée de cellules et des linteaux sculptés. Se retrouver tout seuls dans les ressouvenirs silencieux et aujourd’hui déserts d’un monastère à l’abandon ne nous laisse jamais indifférents. Nous avons certes une inclination pour les ruines en l’état qui se délitent doucement, mais quand en plus on les découvre presque par hasard dans le repli d’une colline, on se sent comblés !

Autre monastère, bien en vue celui-là, Agios Giorgos, tout en haut du Chora, juste en dessous de la forteresse vénitienne en ruines. Construit au Xe siècle, et retapé au tout début du xviie, il abrite toujours un seul et unique moine, qui n’est pas toujours présent pour vous ouvrir les portes. Nous nous sommes cassés les dents trois jours de suite, avant que notre hôte de l’hôtel Ammos ne lui passe un petit coup de bigo pour connaître son emploi du temps… Il faut d’abord laisser la voiture au parking et grimper dans un dédale de petites maisons banches fleuries, de placettes et de chapelles.

Le site a été endommagé lors d’un tremblement de terre en 1981 et la forteresse vénitienne ne se visite plus. Le monastère en lui-même est plus impressionnant d’en bas, où la perspective fait de lui un balcon blanc accroché au rocher. Une fois la lourde porte passée, le site est en fait assez modeste.

On peut accéder librement à un premier espace où est accrochée l’icône de Saint Georges, mais la chapelle ancienne est fermée à double tour. J’ai attendu que le moine finisse sa lessive et nourrisse ses chats avant d’engager la conversation dans mon grec limité, mais visiblement suffisant pour me faire ouvrir le lieu consacré. Évidemment, pas de photos, mais je certifie que la chapelle est de toute beauté : peintures, icônes et iconostase splendides, atmosphère de recueillement, de silence et de prière évidente, lumière hésitante des bougies, la solennité de l’endroit vous tombe sur les épaules dans l’air saturé d’encens.

En redescendant, j’ai fait une longue pause dans la petite église collée au mur d’enceinte du monastère, comme un sas de décompression après un moment hors du temps.

 

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