Hydra – sublime, forcément sublime !

Le port d’Hydra suit la courbe d’une petite anse bien creuse, au-dessus de laquelle s’échelonnent deux catégories d’habitations : en haut, sur la pente la plus rude, les maisons blanchies toutes simples, et plus bas, les grandes demeures d’armateurs et de capitaines, construites à la fin du XVIIIe siècle. Je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré sur une île des demeures aussi imposantes, en hauteur et en volume. Les superficies conséquentes, les façades austères de pierres grises, l’absence de fioritures, d’embellissement extérieur en imposent et donnent à ces bâtiments une allure solennelle. Cette puissance affichée dans les murs se dresse au-dessus des flots comme les créneaux d’une forteresse imprenable. L’île atteste d’emblée sa grandeur économique, mais aussi son potentiel militaire avec ses bastions hérissés de canons.

Ces « archontika » ne se visitent pas, mais on trouve dans les guides des photos des pièces intérieures, évidemment spacieuses et richement décorées – plafonds de bois sculpté, peintures murales raffinées, sols ouvragés en marbre -, et meublées avec beaucoup de goût. Ces riches demeures cachent souvent des jardins clos bien à l’abri des regards.

Sur la droite du port (dos à la mer), un chemin suit la côte en montant doucement ; si vous venez à Hydra par le premier ferry du matin, vous pourrez y croiser à la fraîche des chevaux et leurs propriétaires se baladant doucement dans la lumière du matin.

Un peu plus loin, on tombe sur le portail fermé d’une de ces magnifiques « archontika », la maison Koundouriotis, blottie à l’ombre des pins. Il s’agit d’un ensemble de trois bâtiments hauts de trois étages et d’un grand jardin, d’abord propriété de Georges Koundouriotis, riche armateur de l’île, meneur durant la guerre d’Indépendance, puis de son petit fils Pavlos, amiral et homme politique. Aujourd’hui, ce lieu magnifique, au calme au-dessus du port, avec une vue dégagée époustouflante sur le bleu de la mer, est exploité par le ministère de la Culture grec…. quand il est ouvert !

Ensuite, on tombe sur les restes – en fait, la grande porte ouvragée – de l’« archontika » de Georges Voulgaris, commandant et gouverneur de l’île, qui construisit en 1802 une vaste demeure de style ottoman (il doit à Hussein Pacha la gouvernance de l’île…), aujourd’hui détruite.

Cette photo-ci est issue du site officiel de l’île d’hydra – DR

Plus loin, l’imposante « archontika » Tombazis, aujourd’hui École des Beaux-Arts d’Hydra. C’est celle qui vous accroche la rétine dès l’approche du ferry, toute en hauteur et encadrée d’arches et de murailles. Il est vrai que son propriétaire, Iakovos Tombazis n’était pas le premier marin venu ; héros de la guerre d’Indépendance et premier amiral à la tête de la flotte grecque, il compensa les failles des bateaux de commerce grecs reconvertis pour les combats, en ayant recours aux brûlots (navires chargés de matériaux inflammables) lancés contre les navires de guerre turcs, bien mieux armés.

On laisse ensuite ces bâtiments imposants pour une grimpette à l’arrière du port, où les familles arvanites avaient élu domicile, pouvant voir ainsi les pirates arriver de loin.

Venir à Hydra n’avait en fait qu’un prétexte au départ : celui de saluer la maison de Léonard Cohen (on ne se refait pas…). C’est un gentil papi qui m’y emmena d’un train de sénateur sur les interminables escaliers bien raides, tout fier de me raconter qu’il l’avait plusieurs fois croisé. Nulle plaque en cette fin d’octobre sur la façade blanchie pour rendre hommage à l’artiste alors toujours vivant ; comme toutes les maisons du quartier, la bâtisse est haute, entourée d’une cour et d’un jardin clos. Je prends le temps de rêvasser, bien callée devant la grande porte grise en fredonnant So Long, Marianne ou Bird on the Wire, sous le regard des habitants du quartier qui me saluent avec un petit sourire en coin. Nous devons être nombreux à effectuer le pèlerinage, mais les locaux semblent n’en ressentir manifestement aucun agacement.

Days Of Kindness

by Leonard Cohen

   Greece is a good place

   to look at the moon, isn’t it

   You can read by moonlight

   You can read on the terrace

   You can see a face

   as you saw it when you were young

   There was good light then

   oil lamps and candles

   and those little flames

   that floated on a cork in olive oil

   What I loved in my old life

   I haven’t forgotten

   It lives in my spine

   Marianne and the child

   The days of kindness

   It rises in my spine

   and it manifests as tears

   I pray that loving memory

   exists for them too

   the precious ones I overthrew

   for an education in the world

 

Hydra, 1985

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