Thessalonique 3ème jour – La ville d’en haut

Pour trouver un peu de quiétude dans le tintamarre qui baigne Thessalonique, il faut prendre le bus N°23 et s’arrêter tout en haut, devant les remparts bien épais qui ceinturent l’Acropole (la ville haute fortifiée). Sur les 8 kilomètres de remparts au total qui protégeaient Thessalonique des invasions, il en reste encore aujourd’hui 4, principalement sur les hauteurs. Les fortifications de la ville ont débuté dès sa fondation, développées, retouchées, déplacées, consolidées par les Romains, les Byzantins et les Ottomans. Sur les 70 tours (généralement carrées, à l’exception de la tour Blanche et de la tour du Trigonion, rondes) qui renforçaient les larges murs hauts de 12 mètres, 50 sont toujours debout. L’architecture militaire est lourde, massive, compacte et ne mériterait pas l’ascension pour admirer les seuls créneaux et tours de guet.

La vue sur la ville basse vaut en revanche vraiment le déplacement. Le plan d’urbanisme devient immédiatement lisible, avec la grande percée de Galère et sa Rotonde, prolongée jusqu’à la mer. Malgré un peu de brume, c’est un plaisir de s’asseoir au pied de la tour du Trigonion dans le silence, et de regarder glisser les bateaux dans le golfe.

Le mur Nord des remparts de l’Acropole, datés du ive (ou du ixe – toujours de gros soucis de datation dans les bâtiments que tous les occupants ont modifiés, détruits, reconstruits à tour de rôle) a été incorporé au xiie dans une forteresse plus petite, dernier bastion de replis pour les habitants, en cas d’attaque de la ville. Cette forteresse (l’Heptapyrgion, fort à 7 tours qui en contient en fait 10, les trois dernières étant considérées comme des forteresses à part entière) est un ensemble hybride, avec des tours et des courtines de deux époques différentes, conquis par les Ottomans un an après la prise de Thessalonique (le temps de restaurer leurs propres dégradations), où elle prend le nom de Yedi Koule (Sept tours). L’utilité militaire de Yedi Koule déclinant avec les siècles d’occupation, elle est reconvertie en prison à la fin du xixe. Seules les fortifications survécurent à ce changement d’activité, qui perdura jusqu’en 1989. Le site est en cours de restauration, très abîmé par le tremblement de terre de 1978.

Mur extérieur de l’Heptapyrgion, modifié pour accueillir la prison – DR

 

Plusieurs guides soulignent qu’il est très agréable de se promener dans l’Acropole, préservée de la furie du trafic des grandes avenues de la ville basse, pour ses anciennes demeures ottomanes retapées. Je ne suis pas tout à fait d’accord. Les plus belles maisons sont pour moi à l’extérieur des remparts, lorsque l’on descend vers les deux monastères, Vlatadès et Osios David. Il est facile de se perdre dans ces lacis de ruelles en pente (Osios David est particulièrement mal indiqué et nous avons vraiment galéré pour le trouver), où l’on découvre de jolies demeures et leurs jardins. Ce quartier est entrelacs de toutes petites rues, de venelles, d’escaliers, verdis de vigne où l’on ne croise que les habitants du coin, qui nous ont d’ailleurs fait goûter leur raisin que nous admirions à travers leur clôture.

Le monastère des Vlatadès (Moni Vlatadon) est d’abord une simple église fondée entre 1351 et 1371 par deux moines, les deux frères Vlatis, élèves du métropolite de Thessalonique, Grégoire Palamas. Le lieu se développe rapidement, s’agrandit, protégé par les occupants ottomans de Thessalonique. Il est assez savoureux de lire d’ailleurs des histoires absolument contradictoires sur les raisons de ce soutien musulman appliqué à un lieu de culte orthodoxe. Pour les uns, un bien méchant Turc aurait commencé la destruction du monastère impie, quand, tombé malade, un songe lui prédit la guérison s’il reconstruisait et protégeait le site. Pour les autres, les moines seraient en fait complices des Ottomans dans la prise de Thessalonique, qui leur auraient chuchoté de couper l’approvisionnement en eau de la ville en échange de la préservation du monastère et de la bienveillance du nouveau gouverneur… Le site est aujourd’hui un vaste complexe blotti sous les pins et les cyprès, reposant et feutré. Seuls les cris des paons troublent le silence. Le catholicon, fermé à notre arrivée, s’est ouvert furtivement au passage d’un pope dont nous avons emboîté le pas. L’église primitive a été très retouchée, des ajouts brouillent l’harmonie du lieu et il ne reste pas grand’chose des peintures d’origine. Disons que le monastère vaut davantage pour sa situation, son calme que pour son atmosphère recueillie : abritant le centre des Études patristiques (si j’ai bien compris, l’étude littéraire de l’ensemble des écrivains de l’Antiquité chrétienne), détenteur de reliques religieuses, de scripts, de manuscrits, de décrets de l’époque ottomane, d’icônes, le monastère est devenu un lieu plus porté sur la recherche que sur la retraite spirituelle.

Un peu plus bas, s’ouvre la petite porte du monastère de Latomou (dédié au Christ Sauveur de Latomos), connu aussi sous le nom d’Osios David, dont il ne reste plus que le catholicon. À l’opposé de l’opulence de Vlatadon, la toute petite église du ve recèle de magnifiques fresques et mosaïques. Le bâtiment a été plusieurs fois rénové et décoré (xii, xiii et début xive), avant de devenir une mosquée au xvie, un crépi recouvrant sa décoration murale. En 1921, revenu au culte chrétien, il a été consacré à Osios David et ses murs retrouvent leur peinture d’origine. Construite sur un plan en carré, il manque à l’église sa partie Ouest, détruite lors de sa conversion en mosquée, raison pour laquelle on entre étrangement par le Sud. Les photos sont interdites, mais l’intérieur est de toute beauté, coloré, imagé et étrangement réaliste.

Où l’on voit clairement qu’il manque la partie Ouest, le plan en croix étant tronqué. Sur cette vieille photo, on remarque que l’avancée sud sur les piliers n’existait pas encore et que la toiture avait bien besoin d’être refaite (les infiltrations d’eau devaient être catastrophiques) – DR

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