Chapeau Champo !

 

L’Aventure Champollion – Dans le secret des hiéroglyphes

Exposition à la Bibliothèque nationale de France

Commissaires de l’exposition : Vanessa Desclaux, Hélène Virenque et Guillemette Andreu-Lanoë

Prévue jusqu’au 24 juillet 2022.

 

Quel que soit le sujet, les expositions de la BnF déçoivent rarement. Même si la thématique ne passionne pas nécessairement sur le champ, il y a toujours matière à être surpris, questionné, intéressé, à la fois par les pièces rares mises sous les yeux des visiteurs et les partis-pris des commissaires, qui ne se contentent jamais de faire du remplissage de salles futile ou creux.

Pour commémorer le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion âgé alors de trente-deux ans, la BnF expose près de 350 pièces, venues de ses collections, du Louvre et du Musée égyptologique de Turin. Ce qui est fort copieux. L’exposition reste néanmoins facilement lisible par le visiteur, organisée en trois parties distinctes : le décryptage d’une écriture pour entendre et comprendre une civilisation disparue, le travail de collecte et de copie de langues jusqu’alors méconnues, enfin la diffusion et la transmission de ce savoir obtenu à grand’peine. Mais on est bien au-delà de l’aventure Champollion au pays des Pharaons. Pour les béotiens, il faudra parfois, souvent, faire un peu d’efforts pour appréhender et assimiler le foisonnement des manuscrits, papyrus, cartes, carnets de notes, photographies, bronzes, qui font tout le sel d’une vaste réflexion sur la naissance d’une science, l’égyptologie, au croisement de la linguistique, de l’architecture et de l’histoire.

L’exposition s’ouvre légitimement sur la personnalité hors norme de Jean-François Champollion, natif de Figeac, dans le Lot, et non sur le processus de collecte des textes sur le terrain – ce qui aurait été plus logique chronologiquement –, car il y a matière à sidérer d’emblée le visiteur. Nulle illumination soudaine ou pataugeage laborieux n’ont en effet préludé à la découverte des clefs de déchiffrement. Le jeune homme est juste un passionné de langues rares, biberonné au grec et au latin, avant d’entrer dans le dur, dès l’âge de onze ans, avec l’hébreu, l’arabe, puis le syriaque et l’araméen. Il glisse un œil vers le chinois et l’éthiopien, avant de faire une rencontre capitale : le destin met sur sa route un moine égyptien qui le mène à l’apprentissage de la langue copte (mélange de grec et d’égyptien ancien). À seize ans, sa précocité lui ouvre les portes de la Société des Arts et des Sciences de Grenoble. Suivant les traces de son frère aîné, versé dans l’Égypte antique depuis qu’il travaille avec un ancien membre de l’expédition d’Égypte de Bonaparte, Jean-François Champollion file à Paris étudier les langues orientales, et plonger dans les fonds nourris de la Bibliothèque impériale. Commence alors son étude de la pierre de Rosette (stèle gravée en trois écritures : hiéroglyphes, hiéroglyphes simplifiés appelés démotique, et grec), dont l’originale est conservée au British Museum. En septembre 1822, il cracke le secret de cette écriture antique perdue grâce au copte qu’il parle couramment. Dès 1818, il avait déjà rédigé un dictionnaire égyptien-copte qui lui avait permis de comprendre et le sens et le son des hiéroglyphes pour une première traduction mot à mot.

L’exposition nous montre un jeune chercheur enthousiaste, curieux, perspicace et talentueux, doté d’une bonne dose de culot pour s’aventurer si jeune et en solo dans une entreprise aussi hasardeuse. Cet amour des langues disparues est au service d’un projet ambitieux ; au-delà d’un jeu exaltant de déchiffrement, c’est toute une civilisation qu’il souhaite faire revivre : histoire, culture, architecture, religion, vie quotidienne, c’est un monde qu’il offre à ses contemporains, sans même encore avoir mis un pied en Égypte – il n’y viendra qu’en 1828.

On découvre avec les yeux grand’ ouverts des merveilles, choisies parmi les 88 volumes de notes et de dessins que recèle le fonds dédié à l’égyptologue : copies d’inscriptions de momies effectuées au musée de Turin en 1824 et 1826, un manuscrit de la Grammaire égyptienne, des copies de stèles, des cartes du Dictionnaire des hiéroglyphes, le tableau des signes phonétiques des écritures hiéroglyphique et démotique des anciens Égyptiens, la reconstitution de la liste chronologique des pharaons, l’analyse du texte démotique de la pierre de Rosette, jusqu’aux notes sur les couleurs appliquées aux caractères sculptés en grand du règne animal et végétal.

Si l’on suit encore facilement Champollion dans son voyage dans la vallée du Nil, et l’évolution des moyens pour capter et témoigner des découvertes, on commence un peu à saturer dans la troisième partie. L’exposition s’élargit alors à d’autres langues – le persan, le méroïtique (???) – et ouvre une réflexion sur la transmission de la connaissance de la civilisation égyptienne dans les musées et son assimilation dans notre monde contemporain. Point trop n’en aurait fallu !

Passée cette réserve, il est assez roboratif d’aller à la re-découverte de ce polyglotte génial, rat de bibliothèques et explorateur, mort à quarante-et-un ans dans des circonstances d’ailleurs peu claires, qui a tracé seul son chemin à la rencontre d’une écriture, d’une langue, d’une civilisation. Comme quoi, les rêves d’un petit garçon peuvent parfois donner lieu à des aventures inattendues et à l’ouverture d’un domaine de recherches toujours aussi vivace.

 

 

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