Leonard Cohen – Murmures d’outre-tombe

 

 

Leonard Cohen – Thanks for the Danse

Album posthume

 

 

Pour Miss O’, of course !

Le poète à la voix profonde n’en avait donc pas tout à fait fini : il lui restait encore des choses à nous dire, des femmes à saluer, des angoisses à disséquer ; il se devait de nous rappeler à l’humilité, nous prévenir que la fin du voyage n’est pas facile, qu’il faut accepter de s’en aller sans vanité ni colère, et que certaines défaites ont parfois un goût de victoire.

Trois ans après sa disparition, son fils Adam a retravaillé les derniers enregistrements vocaux de son père, en s’entourant de musiciens infiniment respectueux de l’œuvre de Leonard Cohen. C’est sans doute l’album où les arrangements se font les plus minimalistes, les plus respectueux et les plus attentifs : une guitare sèche, un piano, des chœurs discrets se tiennent sur la réserve, veillent à ne pas trop en faire, apportent des lignes mélodiques précises à la voix ténébreuse qui parle plus qu’elle ne chante.

Il y a de l’épure, de l’essentiel, comme le ramassé d’une vie dans ces textes toujours plus incantatoires que narratifs : Leonard Cohen se retourne sur sa longue existence d’esthète errant, toujours entre deux femmes, deux continents, deux religions, maintenant qu’il est cloué chez lui par la maladie. Il fait peu de cas de son travail de poète, salue ses muses, celles qui lui ont brisé le cœur. Il regrette les malentendus, se saoule de désillusions, médite sur un monde qui vacille et crève de solitude devant sa fenêtre. La cérémonie des adieux serait lugubre si elle n’était traversée de lumières fulgurantes, d’autodérision, mais aussi d’une tendresse délicate. L’homme a su garder une distance amusée dans ses constats doux-amers, à l’exception d’un texte féroce sur les hommes devenus de simples marionnettes au service des puissants.

Thanks for the Danse n’est pas un album nostalgique ; il est un au-revoir élégant, classieux, sincère et intense : il se referme sur un texte qui nous demande de ne pas faire grand cas de sa poésie et d’écouter plutôt les colibris, les papillons et l’esprit de Dieu, comme un hommage du vieux moine bouddhiste à la création toute entière ; Leonard Cohen s’est dissous dans le grand Tout et on se sent alors moins triste.

 

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