Le chemin retrouvé… (An hentoù adkavet, pour les fans de Denez Prigent)

On ne se doutait pas, en calant une semaine de vacances dans le Finistère à la fin d’un mois de mars, que nous aurions droit à une météo… automnale. Si la Bretagne reste magnifique, quelle que soit la saison, même sous un crachin tenace ou par avis de tempête, quelques degrés de plus auraient été les bienvenus. Avantage non négligeable, certains lieux éminemment touristiques s’étaient rendormis, déserts et silencieux, inconvénient inattendu, la fermeture d’un bon nombre de lieux où il aurait été bon de se réchauffer en fin d’après-midi, devant une crêpe aux pommes et une bolée. Hors saison, le Finistère ne connaît que quelques surfeurs téméraires et indifférents au froid, et des retraités marcheurs, bien couverts et imperméabilisés.

Je n’étais pas revenue dans ma région depuis une bonne dizaine d’années, ma boussole tournée désormais vers la mer Égée, les chapelles byzantines, d’autres saveurs, d’autres senteurs, d’autres musiques. Nous avons donc tout repris à zéro, en reliant à notre carte les images que je gardais en mémoire : les chapelles, les calvaires, la pointe du Van, la baie des Trépassés, Locronan…, autant de phares qui se sont rallumés, dans une lumière digne d’un mois de novembre (j’exagère un peu, nous avons tout de même eu la chance de voir le soleil une journée et demie…).

C’est au Guilvinec, évidemment, que nous avons posé notre sac, tout premier village breton où je mis mes petits pieds d’alors, il y a quarante ans. Ce port n’a pas beaucoup changé malgré les décennies, parce qu’il est l’ancrage d’une activité de pêche importante et immuable, le préservant ainsi d’un devenir touristique lisse et aseptisé. Le Guilvinec est toujours le premier port de pêche artisanale (côtière et petite pêche), et le troisième après Boulogne-sur-Mer et Lorient, pour toutes pêches confondues (hauturière, côtière et petite pêche). Le port bourdonne donc d’une intense activité, avec son chantier naval, sa criée, ses mareyeurs, ses camions qui filent vers Paris chaque soir, lestés de langoustines, de lottes, de turbots, de Saint-Pierre… Rien à voir avec un petit port d’opérette, on y travaille, dur, dès cinq heures du matin.

Partis contre vents et marées, en fin d’après-midi, un peu avant dix-sept heures, les chalutiers rentrent sagement à la file indienne pour décharger leurs prises du jour. Lorsque j’étais enfant, le quai était encore ouvert à tous les promeneurs et les bateaux mettaient un temps certain à vider leurs cales. Des travaux de modernisation ont modifié l’agencement du débarcadère : le chalutier accoste, les caisses de poissons, déjà triés en mer, passent en moins de cinq minutes du bateau au quai, pour être mis en vente immédiatement à la criée. Le chalutier libère sa place, se range plus loin et un autre bateau prend sa place. Ce ballet orchestré sous les cris des mouettes qui tournent autour des mâts est visible désormais de la terrasse d’Haliotika, cité de la pêche construite au dessus de la criée pour mieux faire connaître le travail de la mer.

En mars, nous étions à peine une trentaine de visiteurs à mitrailler ce retour de pêche, mais en pleine saison, la cohue doit être impressionnante. Cette arrivée de bateaux peut aussi se regarder d’un peu plus loin, du chantier naval, pour un panorama face au soleil déclinant de toute beauté.

Je suis toujours fascinée de découvrir ces gros bateaux de bois ventrus hors de leur milieu, mis en cale sèche pour retaper une coque ou dérouiller un pont arrière.

Le Guilvinec en lui-même (dont la population ne dépasse pas les 2800 habitants en hiver) est un village breton comme tant d’autres, avec ses maisons de pierres, son “abri du marin”, son “café ouvrier”, sa petite rue commerçante. Rien de trafiqué, de touristisé : on est dans le jus, dans le vrai. En mars, les crêperies et resto ouverts se comptent sur les trois doigts d’une main et il serait très audacieux d’y entrer après 20h (de toute façon, on se couche tôt, les ouvriers et les marins embauchant dès potron-minet).

Pour se loger, je ne saurais trop recommander Cap Ouest, maison d’hôtes cosy et familiale où il fait bon vivre, idéalement placée derrière l’église, à trois minutes à pied du port. Cinq chambres désignées selon les phares de la région, toutes décorées avec soin et goût du détail, offrent un très bon niveau de confort pour un prix raisonnable. Le petit-déjeuner se prend à la table commune, préparé chaque matin avec des produits-maison (crêpes, gâteau breton, pain perdu…). On se sent très bien dans cette maison de granit, chaleureuse, accueillante, comme ses propriétaires qu’on quitte à regret après une semaine d’échanges et de partage. Une très bonne adresse.

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