Du domaines des murmures

Editions Gallimard, 2011

 

Aux côtés des deux poids lourds de cet automne littéraire 2011 (Emmanuel Carrère et Alexis Jenni), Carole Martinez s’est faite une place notable ; remarqué par la critique, apprécié sur de nombreux blogs et présent sur la liste du Médicis, son roman nous entraîne au XIIème siècle, dans un domaine bourguignon, où la fille d’un Chevalier défie l’autorité des hommes, refusant le jour de ses noces le mari imposé au profit d’une vie de réclusion, dans une cellule construite dans les flancs d’une chapelle. Le livre s’ouvre donc sur ce paradoxe, la seule  liberté possible pour une femme se loge dans l’exigüité d’un tombeau de pierre.

La demoiselle, bien nommée Esclarmonde, se mure de son propre chef, tout entière dévouée à Dieu, certaine de gagner son indépendance et la béatitude par la prière et la dévotion. Elle ne doit plus obéissance aux hommes, seul le pouvoir spirituel est en droit de lui demander des comptes.

Bien évidement, on ne saurait se soustraire aux règles d’un monde par la fuite, et Esclarmonde ne mesure pas les effets de cette échappatoire sacrée : en renversant l’ordre établi, elle va s’enferrer dans des non-dits lourds de conséquences, modifier des destinées, voire ses propres certitudes s’effondrer et le choix d’une vie cloîtrée remis en cause. La Sainte a juste omis un détail : elle n’a pas gagné la liberté dans cet acte de foi, elle a échangé une cage contre un cachot. Car on ne brise pas les barreaux d’une cellule, on n’échappe pas à l’Eglise. Au moment où Esclarmonde veut mettre un terme à ce sacrifice inutile qui l’a menée au silence perpétuel, son existence se brise sur la folie meurtrière des paysans du domaine, qui refusent de laisser s’échapper leur bienfaitrice, celle qui a tenu la mort à distance et repoussé les calamités par ses prières, dès son enfermement.

La liberté se conquiert, rien ne sert d’échanger une soumission par une autre.